Merleau-Ponty à De Waelhens (27 février 1947)

Dans cette lettre de novembre 1947 (re)classée E24, Merleau-Ponty invite De Waelhens à publier ses recherches sur le rapport de Heidegger à la politique en général et au nazisme en particulier, alors que l' »affaire Heidegger » prend de plus en plus d’ampleur en France. Il s’agit notamment de donner la réplique à Karl Löwith, ancien disciple de Heidegger, qui a publié dans Les Temps Modernes (2/1946, pp. 343-360) son fameux texte : « Les implications politiques de la philosophie de l’existence chez Heidegger ». Mais aussi d’aller plus loin qu’Eric Weil, dans sa propre réponse à Löwith (« Le cas Heidegger », Les Temps Modernes, juillet 1947, pp. 128-138), semble-t-il jugée assez faible par Merleau-Ponty (alors que quelqu’un comme Dominique Janicaud soulignera au contraire sa « densité » et son « originalité », dans le premier volume de Heidegger en France, Paris, Albin Michel, p. 122 sqq.).


59 rue des Saints Pères

Paris VIe

Vendredi 27 février <1947>

Cher Monsieur et ami,

J’ai l’autre jour causé longuement avec Jacques Gérard et nous en sommes venus à parler de l’affaire Heidegger. J’ai alors dit à Gérard comme je regrettais que vous n’acceptiez pas de publier votre chapitre sur la politique de Heidegger, ou tout autre texte plus récent sur le même sujet, si vous le préférez. Gérard m’a répondu qu’il ne vous croyait pas, jusqu’ici, absolument opposé à une telle publication. Je me permets donc de revenir sur cette question et de vous demander plus clairement peut-être que je ne l’avais fait à votre passage, si vous accepteriez de donner aux Temps Modernes tout ou partie du chapitre que vous avez écrit, – ou, plus généralement, si vous ne voudriez pas répondre à l’article de K. Loewith publié par la revue il y a quelques mois. Je crois vous avoir dit qu’aucun de nous n’est d’accord avec Loewith.

Nous avons publié son article d’abord parce qu’il y a des extraits intéressants, ensuite parce que Loewith l’aurait passé ailleurs s’il n’avait pas été pris par nous, enfin parce qu’il pose la question d’une manière si naïve qu’il peut être l’occasion d’une bonne réponse. Cette réponse, j’avais d’abord pensé la faire. Réflexion faite, j’aimerais mieux que la cause philosophique de Heidegger apparaisse comme celle de beaucoup de Philosophes, et non pas seulement comme celle de notre petit groupe de Paris. C’est pourquoi je vous ai encouragé à publier votre chapitre, et, comme vous ne paraissiez pas décidé à le faire, j’ai demandé à E. Weil, un allemand hégélien, d’écrire quelque chose en réponse à Loewith. Mais son orientation est très différente de la vôtre, il ne connaît pas et n’estime pas Heidegger comme vous le faites, et il va de soi que son article n’épuisera pas la question. Je veux donc vous prier très instamment de reconsidérer la question et de me dire ce que finalement vous en pensez.

Nous avons été extrêmement heureux de vous revoir, Madame de Waehlens et vous et nous espérons que les Entretiens préparés par Gérard nous donneront l’occasion d’une nouvelle rencontre en Belgique. Au revoir, cher Monsieur ; veuillez, je vous prie, présenter mes respectueux hommages à Madame de Waehlens et accepter vous-même l’expression de mon entière sympathie.

Maurice Merleau-Ponty

Merleau-Ponty à De Waelhens (26 mai 1946)

Le 26 mai 1946, soit environ deux mois après leur rencontre à Louvain, Merleau-Ponty écrit à De Waelhens en réponse à un message de ce dernier. Cette lettre, classée E 21, est parmi les plus longues de la collection. Merleau-Ponty s’y exprime très librement et évoque différents sujets d’actualité philosophique.

C’est le cas de son compte rendu (Les Temps Modernes, 7, 1946, p. 1311-1319) d’une conférence prononcée par son collègue et ami Jean Hyppolite le 16 février 1946 à l’Institut d’études germaniques : « L’existentialisme chez Hegel ». Notre hypothèse est que la conclusion de ce texte est la partie qui a retenu l’attention et trouvé l’assentiment de De Waelhens. Merleau-Ponty y écrit : « ce qui manque dans Heidegger (…) c’est l’affirmation de l’individu : il ne parle pas de cette lutte des consciences et de cette opposition des libertés sans lesquelles la coexistence tombe à l’anonymat et à la banalité quotidienne (…) Je vis donc, non pour mourir, mais à jamais, et de la même façon, non pour moi seul, mais avec les autres » (p. 1318-1319).

Merleau-Ponty mentionne aussi le poète et critique belge René Micha (1913-1992), dont le nom reviendra plus tard dans la correspondance, à travers lequel il a pris connaissance d’un article composé par De Waelhens, « Phénoménologie du corps », en sa première version publiée dans La revue nouvelle (1946, 3, p. 351-360), où le penseur louvaniste dit une première fois toute son estime pour La structure du comportement et la Phénoménologie de la perception publiés par ce « jeune philosophe encore inconnu il y a peu ». L’on apprend également que De Waelhens travaille déjà à la monographie qu’il publiera en 1951 à Louvain : Une philosophie de l’ambiguïté. L’existentialisme de Merleau-Ponty, dont une première version servira de préface à la seconde édition de La structure du comportement (1949). 

Merleau-Ponty marque également son accord avec l’analyse de l’opuscule fameux de Sartre que De Waelhens a développée dans une étude critique parue quelques semaines auparavant dans la Revue philosophique de Louvain (44, 2, 1946, p. 291-300)  : « L’existentialisme de M. Sartre est-il un humanisme ? », texte qui se referme sur ces mots sans concession : « En résumé, et à parler franc, L’existentialisme est un humanisme est un livre qui n’apprendra rien à ceux qui connaissent la philosophie de M. Sartre et qui risque de donner à ceux qui désirent s’en instruire une impression de faiblesse et d’incohérence qui ne correspond aucunement, nous tenons à l’affirmer, au niveau de L’être et le néant. Le présent ouvrage apparaîtra un jour comme un malheureux accident dans la carrière de son auteur ».  

Est enfin évoquée une controverse avec Pierre Naville (1903-1993) qui précède celle qui entraînera en 1952 la brouille avec Sartre. Naville a publié dans la Revue internationale (mars & mai 1946) un texte, ou plutôt un pamphlet, intitulé « Marx ou Husserl ? ». Campé dans une posture du gardien du temple, il y attaque durement les phénoménologues liés au marxisme ou intéressés par lui : Sartre, Tran Duc Thao, mais aussi Merleau-Ponty. Il cite notamment cette réflexion de Merleau-Ponty dans « Pour la vérité » (Les Temps Modernes, janvier 1946) : « Le prolétariat comme classe est trop affaibli pour demeurer à présent un facteur autonome de l’histoire. Nous ne pouvons plus avoir une politique marxiste prolétarienne à la manière classique, parce qu’elle ne mord plus sur les faits ». Et Naville commente :  » (…) si la classe prolétarienne ne peut plus être un facteur autonome de l’histoire (expression qui d’ailleurs, prise à la lettre, n’appartient pas à la politique marxiste), les idéologies conservent leur autonomie. La conclusion de tout ceci n’est donc que la résurrection d’une variété de pensée petite-bourgeoise ». Ainsi qu’il l’écrit à De Waelhens, Merleau-Ponty répondra indirectement dans les numéros suivants de la même revue (juin-juillet 1946). 


Paris, Dimanche 26 mai <1946>

 

Cher Monsieur,

Je suis content que vous approuviez les indications que j’avais données dans mon compte rendu d’Hyppolite sur l’orientation des analyses existentielles. Et je vous remercie bien vivement de ce que vous me dites d’aimable à ce sujet. Vous savez, je ne suis guère ténébreux d’une manière générale. Il arrive seulement quand je travaille sur des matériaux (tels que: documents scientifiques ou textes d’auteurs) que j’hésite à prendre envers eux toute liberté et qu’au lieu d’écrire sans m’y reporter, je me laisse engluer par eux. Autant il m’est aisé, je crois, d’être suffisamment clair quand je n’ai devant moi qu’une feuille blanche et pas de notes, autant je m’embrouille dès que je veux utiliser et mettre en ordre des notes déjà prises. Votre conseil est bon. Je crois que désormais je ne citerai que de mémoire (quitte à vérifier ensuite). On veut faire du solide et l’on ne fait que moins ferme et moins intéressant. Je me suis souvent demandé en lisant votre livre sur Heidegger comment vous aviez pu garder votre parfaite lucidité au milieu  des textes innombrables que vous aviez rassemblés.

René Micha, à son passage à Paris, m’a communiqué de votre part l’excellent article où vous voulez bien parler de mon travail. Je vous remercie d’abord de ces pages si pénétrantes, et aussi d’avoir pensé à me les faire parvenir. Bien entendu, je serai très heureux de lire l’étude que vous me faites la faveur de préparer aussitôt que vous l’aurez achevée. Je vous suis très reconnaissant de tout ce que vous faites pour joindre vos méditations personnelles à mes essais.

Entièrement d’accord avec vous sur L’existentialisme est-il un humanisme ? J’ai dit mon sentiment à Sartre qui, jusqu’ici, se refuse à désavouer cet écrit (désaveu moral, bien entendu). Mais je pense que ses idées mûrissent. Il disait l’autre jour, avant de partir pour la Suisse, qu’il commençait à voir poindre une philosophie de l’histoire. Il vient d’être assez malade (mais non gravement, les oreillons) pendant plusieurs semaines.

Décidément non, je ne répondrai pas à Naville. J’ai préféré faire une petit article sur « Marxisme et philosophie », de caractère positif, et y rattacher quelques critiques générales du scientisme pseudo-marxiste qui est à mon avis quelque chose d’écoeurant. Au surplus, l’occasion de cet article est que la Revue internationale, qui a quelques fois prêté des collaborateurs (D<avid> Rousset par exemple), attendait que nous lui rendions la politesse.

Je vais voir après-demain le secrétariat de la Revue au sujet de votre abonnement — (j’ai été quelques temps à Lyon et n’ai pu encore m’en occuper) — quant aux premiers numéros, je crois malheureusement qu’ils sont pour de bon épuisés. Nous n’avions au début aucune allocation de papier et il y avait autour de la revue une certaine curiosité qui a vite rendu les premiers numéros introuvables.

Au revoir, cher Monsieur, je vous redis le souvenir charmé que nous avons gardé de notre passage chez vous, je vous prie de présenter mes hommages à Madame de Waelhens et je vous adresse mes pensées très amicales.

Maurice Merleau-Ponty


tempsmodernes

Nouvel appel à contributions : « La vie comme phénomène »

La revue Études Phénoménologiques — Phenomenological Studies lance un appel à contributions en français et en anglais pour son second numéro (2017) sur le thème suivant :
 *
Des sujets possibles de contributions sont, de façon non exhaustive :
  •  La notion d’Erlebnis (Dilthey, Husserl, et d’autres)
  •  Le concept de Lebenswelt 
  •  La phénoménologie de la vie (le premier Heidegger, Hans Jonas, Ortega y Gasset, et d’autres)
  •  Vie et herméneutique (Gadamer, Ricoeur, et d’autres)
  •  La vie de la conscience (la vie transcendantale, le statut du biologique dansl’expérience humaine, le cerveau et la vie…)
Date-limite : 1 février 2017
Plus d’information ici.
Phenomenology Studies Logo

Merleau-Ponty à De Waelhens (25 mars 1946)

Comme annoncé précédemment, nous commençons avec ce post la publication d’une sélection de lettres adressées par Merleau-Ponty à Alphonse de Waelhens.

Selon le récit du R. P. Van Breda (« Maurice Merleau-Ponty et les Archives-Husserl à Louvain », Revue de métaphysique et de morale, LXVII, 1962, p. 410-430), c’est en mars 1939 que Merleau-Ponty se rend pour la première fois à Louvain pour consulter les inédits de Husserl. Il y fait notamment la connaissance d’Eugen Fink. La guerre l’empêche d’y revenir jusqu’en 1946, qui est précisément l’année au cours de laquelle il rencontre Alphonse de Waelhens, alors tout juste nommé Professeur à l’Université catholique de Louvain. La lettre que nous présentons (classée E18) documente cette première rencontre qui inaugure une longue série (il n’est pas inutile de noter que Madame Merleau-Ponty écrit le même jour à Madame de Waehlens pour la remercier de l’accueil qui a été reservé au couple à Louvain, (Lettre E17)).


24 rue de la Tour XVI

Lundi 25 mars 194

 

Cher Monsieur et ami,

Vous nous avez fait à Louvain un accueil si amical et vous nous avez donné une hospitalité si charmante que ma femme et moi en étions touchés et enchantés. Nous avons passé avec vous des moments que nous ne sommes pas près d’oublier. J’aimerais que nous ayons vous et moi l’occasion de reprendre la conversation philosophique commencée à Louvain. Ce sera pour notre prochaine rencontre, soit que vous veniez à Paris, soit que je retourne en Belgique, comme je le souhaite. Permettez-moi, pour le moment, de vous redire un grand merci pour le séjour que Madame de Waehlens et vous-même nous avez ménagé à Louvain, — et aussi pour les mots si riches de sens que vous avez adressés au public du Séminaire des Arts le soir de la conférence.

Voilà longtemps que je veux vous exprimer ces sentiments de gratitude. La fin de notre séjour en Belgique a été occupée par beaucoup d’aimables invitations, par les voyages à Verviers et à Gand ; aussitôt rentré ici, j’ai dû retourner auprès de mes étudiants de Lyon ; de sorte que j’ai, d’un jour à l’autre, différé cette lettre que j’avais envie d’écrire. Mais il me tardait de vous faire savoir comme je suis heureux d’avoir enfin fait votre connaissance ainsi que celle de Madame de Waelhens.

Au revoir, cher Monsieur et ami, veuillez, je vous prie, transmettre à Madame de Waelhens l’hommage de mon respect, et accepter vous-même l’expression de ma très cordiale sympathie.

Maurice Merleau-Ponty


 

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Bulletin heideggérien # 6: just out!

photoThe 6th issue of the Bulletin heideggérien has just been published as a PDF document on the Website of our Centre d’études phénoménologiques. As announced in a former post, it features some great articles by Julia Ireland, Alfred Denker & Theodore Kisiel, a piece on « Heidegger in Brasil » by Andrea de Macedo Duarte, a full bibliography for 2015, nearly a dozen book-reviews, and an amazing Instrumentum by Ian Alexander Moore, « Materials on Heidegger’s Relationship to Meister Eckhart ». Special thanks to Dr. Christophe Perrin for working hard on delivering this issue, and to all the Heidegger scholars who contributed!

PS: Books reviewed in this issue include Sparks Will Fly. Benjamin and Heidegger edited by A. Benjamin & D. Vardoulakis (reviewed by Jean-Sébastien Hardy), Division III of Being & Time edited by Lee Braver (reviewed by François Jaran),  Heidegger’s Confessions by Ryan Coyne (reviewed by Paul Slama), Seinsgeschichte und phänomenologischer Realismus by Tobias Keiling (reviewed by Ovidiu Stanciu), and many more. Enjoy!

Des lettres de Merleau-Ponty à de Waelhens

Professeur de philosophie à l’Institut supérieur de philosophie de l’Université catholique de Louvain jusqu’en 1994, Ghislaine Florival a confié (il y a plusieurs années déjà) au Centre d’études phénoménologiques une collection de 38 lettres adressées par Maurice Merleau-Ponty à Alphonse de Waelhens entre 1946 et 1961.

Maurice-Merleau-Ponty1Waehlens

Autant le dire d’emblée : la valeur de cette correspondance à sens unique (puisque le Fonds M. Merleau-Ponty de la BNF ne recèle pas les lettres d’A. de Waelhens) est plus historique que systématique. Cette correspondance n’en témoigne pas moins d’une amitié sincère et d’une collaboration fructueuse. Elle laisse également entrevoir l’importance d’Alphonse de Waelhens, et pour la réception de la phénoménologie allemande dans l’espace francophone, et pour le développement de la phénoménologie per se et en particulier de la phénoménologie d’expression française. Dans les mois qui viennent, nous proposerons sur ce blog la transcription des lettres les plus pertinentes, accompagnée de quelques annotations.

Enveloppe

CFP Research Conference on the Early Heidegger

YHeidCall for Papers: « The Fundamental Concepts of Heidegger’s Hermeneutics of Facticity », September 22-23, 2016, UCL – ULB – ULg (Belgium)

In the context of the recent translation into French of some of Heidegger early lessons (GA 60 in 2011, GA 63 in 2012, GA 59 in 2014, GA 56/57 forthcoming), the Catholic University of Louvain (CEP), the Free University of Brussels (LPH) and the University of Liège (URPh) jointly organise a research conference on “The Fundamental Concepts of Heidegger’s Hermeneutics of Facticity”, September 22-23, 2016.

Abstract

The conference will engage in an “immanent” reading of Heidegger’s first philosophy. Such an approach contrasts with the genealogical reading of Heidegger’s early lessons – indeed, rooted in Husserl’s phenomenology, Neo-Kantian philosophy and in the philosophy of life. The conference will focus on Heidegger’s early philosophy in itself and on its originality, including compared to the later developments of Heidegger’s own philosophy.

The objective of the conference is to provide a review of the concepts that are typical of Heidegger’s Hermeneutics of Facticity: its “conceptual signature” within the history of philosophy. Communications will in particular address the specific and ad hoc vocabulary set in the context of the hermeneutics of facticity. Nevertheless, the purpose of the conference is less to establish a kind of Lexikon than to shed a new light on some fundamental themes addressed in Heidegger’s early philosophy.

Heidegger’s early concepts that will be of special interest include but are not limited to:

– Concepts inherited from the (historical or contemporary) philosophical tradition but which gain a new sense in Heidegger’s phenomenology of life: Intentionalität, Kategorie, Kairos (kairologisch), Leben/ Erlebnis, Phänomen, Phänomenologie – Psychologie – Ontologie – Wissenschaft, Theorie, Ursprung – Ursprunglichkeit, Verstehen, Verantwortung, Weltanschauung, Wert – Geltung, etc.

Concepts that are typical of Heidegger’s Hermeneutics of facticity but disappear in his later philosophy: Formale Anzeige, Begriff (Ausdrucksbegriff, Ordnungsbegriff), Diahermeneutik, Grunderfahrung, (sich-selbst) Haben, Das Heute, Ruinanz, Rhythmus, Selbstwelt, (hermeneutische) Situation, Selbstgenügsamkeit des Lebens, Vollzug, Selbst-, Mit-, Um-welt, etc.

– Concepts that appeared during the early period and are still maintained (although with a possibly different meaning) in Heidegger’s later work: Alltäglichkeit, Das “als was”, Angst, Bekümmerung / Sorge, Augenblick, Auslegung / Interpretation, Bedeutsamkeit / Bedeutung, Bewegtheit / Bewegung, Destruktion (Abbau, etc.) Existenz, Faktizität, Geschichtlichkeit, Das Man, Vorgriff – Vorhabe, Wie (Grundwie), Wiederholung, Zeitigung, etc.

Invited Speakers:

Sophie-Jan Arrien, Université Laval, Québec

Servanne Jollivet, Archives Husserl, CNRS/ENS

Claudia Serban, Université de Toulouse 2

Francisco de Lara López, Université pontificale catholique du Chili

Organizing committee:

Sylvain Camilleri, Université catholique de Louvain

Guillaume Fagniez, FNRS/Université libre de Bruxelles

Charlotte Gauvry, Université de Liège

Practical Details:

 The seminar will take place September 22-23, 2016 at Louvain University (Université catholique de Louvain) and Brussels University (Université libre de Bruxelles), Belgium.

Proposals (title and abstract, 700 words maximum) must be sent to S. Camilleri (sylvain.camilleri@ulouvain.be), G. Fagniez (gfagniez@ulb.ac.be) and C. Gauvry (c.gauvry@ulg.ac.be) by May 30, 2016. Acceptance or refusal will be notified by June 15, 2016.

The talks will be in French, English and German. Passive understanding of French is recommended.

We do not cover the accommodation and travel costs of the CFP speakers. Information on accommodation is available.ulg300

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Van Breda, le sport et la réduction

La contribution de Van Breda aux études phénoménologiques est un fait indiscutable. Par le sauvetage et la mise en valeur du Nachlass husserlien et, dans une moindre mesure sans doute, par ses textes consacrés à Husserl notamment, il a marqué de son empreinte l’histoire de la phénoménologie. On oublie toutefois un peu vite que Van Breda ne s’est pas intéressé uniquement à Husserl et au destin de son oeuvre. Il se passionnait également pour la philosophie médiévale, la philosophie de la culture, la philosophie morale, la philosophie de la personne — et il les a maintes fois enseignées. Son « aventure husserlienne » commence en 1938 quand, sur le conseil de Joseph Dopp, il vint à Fribourg s’enquérir de la possibilité de consulter certains inédits laissés par Husserl qui venait de mourir. En 1942 pourtant, il a encore l’esprit assez libre pour publier, dans le premier fascicule d’une revue étudiante titrée Olympia, un petit texte intitulé : « L’éducation physique et l’éducation morale« .

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La question qu’il y pose est la suivante : « L’éducation physique et le sport, considérés en eux-mêmes et en leur forme systématisée, tels qu’on les pratique de nos jours, sont-ils, oui ou non, un facteur édifiant et utile à la formation morale de la personnalité entière ? » (p. 19). La réponse sera positive : parce qu’une « pratique des sports, menée et dirigée, exige en tout premier lieu l’empire de soi-même et la discipline personnelle. Rester fidèle, durant une partie de tennis, aux règles imposées ou suivre sans défaillance un cours progressif de gymnastique, sont des choses difficiles à réaliser pour l’homme ordinaire (…) De façon certaine quelque chose de l’attitude disciplinée, adoptée délibérement et régulièrement (…) s’infiltrera dans le caractère tout entier » (p. 20) ; parce que « l’éducation physique et le sport (…) se pratiquent d’après des règles sévères » (p. 20) ; enfin parce que « le sport et l’éducation physique, bien compris, nous parlent de sobriété et de sacrifice », d’une certaine ascèse (p. 20).

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Certes, l’éducation physique et le sport ne font pas ici l’objet d’une analyse phénoménologique en bonne et due forme, mais comment ne pas penser que le sportif partage en un certain sens les qualités du phénoménologue (ou vice versa). Peut-être n’est-il pas exagéré de dire que si la réduction phénoménologique était une pratique corporelle (ce que d’aucuns se sont risqués à avancer, avec force nuance toutefois, cf. N. Depraz), elle s’incarnerait dans l’activité sportive telle qu’en parle Van Breda. Si ce n’est pas ce que dit ici « notre sympathique <Père Herman> », celui qui définit ailleurs la réduction phénoménologique comme un « effort soutenu » (« Note sur réduction et authenticité d’après Husserl », in Phénoménologie et Existence, Paris, Armand Colin, 1953, p. 8) aurait peut-être donné quelque crédit à ce rapprochement périlleux !

Bulletin heideggérien : Last Call for 2015 References

The CEP will release the 6th issue of the Bulletin heideggérien (Bhdg) end of March 2016. Like the five former issues, it will include some articles (guest authors this year are Julia Ireland and Theodore Kisiel on their experience of the Nachlass & Alfred Denker on Heidegger, the Son and the Brother), a large bibliography (editions, translations, monographs, book chapters & articles published in 2015 in various languages) and a dozen book reviews. There still is time to send in your 2015 references to bulletin.heideggerien@gmail.com. We remind you that all issues of the Bhdg are available online for free here. The Bhdg is edited by the Sylvain Camilleri (Université catholique de Louvain/Katholieke Universiteit Leuven) and Christophe Perrin (Université catholique de Louvain) and is supported by a prestigious scientific committee including Rudolf Bernet, Jean-François Courtine, Jean-Luc Marion, Tom Sheehan, etc.

Heidegger